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    Chênes de qualité secondaire, mode d’emploi

    © Luc Léger

    Chêne brogneux, noueux, tordu, mais chêne quand même ! Que faire de ces gros bois qui cachent sous leur écorce les traces de souffrances passées ? Cette question est étonnante car autrefois, les scieurs ne se la posaient pas. Les scieries de chêne qui maillaient le territoire au cœur de nos massifs savaient tirer profits de ces bois estropiés. Ils fabriquaient du plancher, du parquet, de la charpente, des solives et dans les tronçons de moins bonne qualité, ils tiraient de la traverse pour les chemins de fer. Les temps ont bien changé. Depuis que le résineux règne en maître sur les marchés de la construction, le volume de chêne transformé en France se réduit inexorablement : 562 000 m3 en 2012 contre 1 million de m3 en 1990! Paradoxalement, le prix du chêne de qualité secondaire ne fléchit pas ; sous la pression des acheteurs asiatiques, il aurait même tendance à augmenter lors des ventes publiques.

     

    Chêne secondaire
    © Luc Léger

    Les singularités du bois

    Il y a des signes qui ne trompent pas : un arbre tordu, mal conformé, barré d’une longue cicatrice, qui accueille des champignons ou des trous de pic, est à classer dans la catégorie des qualités secondaires. Certains sont d’ailleurs si abîmés qu’il vaudra mieux les conserver sur pied, à défaut d’en faire du bois de chauffage ; les petits animaux qui l’utilisent comme logis vous en sauront gré. Mais l’estimation de la valeur d’un arbre peut s’avérer beaucoup plus subtile dès lors que ses défauts ne sautent pas aux yeux. Entre le chêne que vous trouvez plutôt beau et votre acheteur qui vous répond qu’il ne vaut rien, il existe un juste milieu. Nous allons essayer de comprendre pourquoi en détectant les singularités qui déprécient votre arbre.

     

    Les nœuds

    Ils perturbent le fil du bois et altèrent plus ou moins la valeur d’une grume. Les moins disqualifiants sont les nœuds sains créés par une branche existante, en bonne santé, ou une branche élaguée proprement. Plus contrariantes sont les branches mortes ou les cicatrices d’élagages ratés qui créent des nœuds colorés ou pourris non adhérents. Un petit bourrelet sur le tronc ou un dessin en forme de rose sur l’écorce trahissent la présence d’un nœud recouvert. Les picots ou gourmands qui poussent sur le tronc laissent aussi des traces dans le bois. Un gourmand isolé n’est pas trop grave. En groupe, ces pousses spontanées créent des brognes, de gros bourrelets très pénalisants parce qu’ils génèrent des petits nœuds en patte de chat dans le bois.

     

    Les autres défauts visibles

    Due au gel de la sève lors d’un brutal refroidissement, la gélivure laisse une cicatrice verticale sur le tronc, mais ses dégâts peuvent être plus importants au cœur de l’arbre. Le bois gelé finit souvent en bois de chauffage. Une écorce qui semble monter en spirale autour du tronc traduit une malformation des fibres. Les fibres torses ou fil tors déprécient une grume qui peut paraître sans défaut. Et ceux qui ne se voient pas. Certaines singularités, comme les pourritures ou les cœurs étoilés, ne sont visibles que sur la culée des bois abattus. Le scieur devra purger le tronçon atteint et il ne pourra le valoriser qu’en bois de chauffage. Acheter du bois sur pied, c’est comme acheter une voiture recouverte d’une housse, dit-on souvent dans la profession. L’arbre ne dévoilera tous ses défauts que sur le banc de sciage. L’acheteur prend des risques et il intègrera ces risques dans sa proposition d’achat.

     

    Les prix

    Du mobilier rustique pour le château médiéval de Guédelon.
    Du mobilier rustique pour le château médiéval de Guédelon. © Luc Léger.

    Selon notre cours des bois sur pied de mars 2015, le prix des qualités secondaires culmine à 86 €/m3 ; Il s’agit du meilleur prix pour la qualité avivés, ces planches avec lesquelles on fabrique du parquet, et pour les bois de charpente. En bas de l’échelle, la qualité traverse se négocie autour de 21€/m3. À la dernière vente publique de Châtenoy-le-Royal (71), les qualités secondaires de chêne ont atteint près de 100 €/m3, alors qu’elles s’étaient négociées 83 € l’année dernière. Les professionnels avouent avoir actuellement du mal à s’approvisionner dans ces qualités.

     

    L’avis du scieur

    David Bonnichon
    David Bonnichon, scieur dans l’Yonne, lors  d’une réunion du CRPF consacrée aux chênes. © Luc Léger. 

    Installé dans l’Yonne dans la région de la Puisaye, David Bonnichon ne transforme que des qualités secondaires de chêne. Il est lui-même propriétaire de forêt mais avoue préférer s’approvisionner… chez les autres. Il recherche de gros chênes noueux pour en tirer de longues pièces de charpente. Il a d’ailleurs du mal, en ce moment, à trouver de gros bois suffisamment droits pour façonner des pièces de 60 x 60 cm sur 8 mètres de long, destinées à un château en Bretagne. Côté prix, il peut mettre jusqu’à 100 €/m3 pour de gros bois d’éclaircie vendus par la Caisse des dépôts et consignations. Il valorise au mieux ces grumes, tire de la menuiserie dans les billes de pied et poursuit avec de la charpente. Dans de petits chênes brogneux, il scie des chevrons de grande qualité. Équipé d’un centre d’usinage à commande numérique, il fabrique de la charpente moderne prête à l’emploi et s’est fait une spécialité du sur-mesure, tant en charpente qu’en menuiserie. Il vend à Roche-Bobois des blocs de chêne massif utilisés en pied de table. Pour ce marché de niche, les nœuds et les fentes ne sont pas un problème ! Avec un chêne courbé, il utilise la forme naturelle de la grume pour réaliser des liens cintrés, ces pièces utilisées pour la rénovation de charpente en chêne. Le chantier médiéval de Guédelon, tout proche, utilisera 40 m3 de bois cintré en grosse section pour la charpente de la tour maîtresse du château. Ce chantier est une chance pour David Bonnichon qui y valorise des bois de 4e choix. Il a réalisé du mobilier rustique et massif pour le coin pique-nique utilisé par les visiteurs.

     

    Luc Léger

    Forêts de France
    Dossier rédigé par Forêts de France